L’Administration Trump a poussé Mohammed VI à tenter de prendre l’initiative à l’approche d’un nouveau cycle de contacts diplomatiques autour du Sahara

Article paru sur “Malaga Hoy“, 22 NOVEMBRE 2018

Le 6 novembre dernier, le roi du Maroc a surpris avec une offre de dialogue en direction de l’Algérie. Dans son discours commémorant la Marche verte, il a proposé de créer “un mécanisme commun de dialogue et d’accord … pour examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi …”. Ce ton conciliant contraste clairement avec les discours précédents.

Certes, la paralysie tendue dans laquelle se trouvent depuis des décennies les relations bilatérales entre les deux pays clés en Afrique du Nord nécessitent une normalisation urgente. À l’heure actuelle, il est considéré comme l’une des régions les moins intégrées dans le monde, seulement sur le plan économique, cela représente un désavantage concurrentiel important au niveau mondial. On estime que le commerce intrarégional représente à peine 3,6% de son commerce total et seulement 2% de son PIB. En conséquence, le renversement de cette situation pourrait donner un coup de fouet au développement socio-économique nécessaire dans la région et que ces dernières années est devenu
l’un des facteurs structurels à la base des divers mouvements de protestation contre les pouvoirs centraux, tels Il est apparu à Al Hoceima en 2016, connu sous le nom de Hirak.

Le souverain a reçu le soutien des hommes politiques et des médias marocains. La France et l’Espagne l’ont également salué, mais de l’autre côté de la frontière, le silence a été la réponse officielle. Ce n’est pas surprenant, étant donné que le régime algérien est focalisé sur les élections présidentielles qui auront lieu au printemps. Nous connaissons la forte condamnation des Sahraouis et les réactions des médias algériens. Ces derniers critiquent les méthodes du monarque qui, au lieu de recourir aux voies diplomatiques, opte pour un discours célébrant précisément l’occupation du Sahara occidental. En bref, les Algériens considèrent qu’il s’agit d’une manœuvre médiatique patente.

Indépendamment de la réaction finale du gouvernement algérien, l’initiative marocaine semble être une réponse à l’évolution récente de la question du Sahara. D’une part, en décembre 2016, un arrêt européen a interdit à un pays de conclure des accords d’association avec l’Union européenne incluant le Sahara, du fait qu’il ne possède pas la souveraineté de ce territoire. Par ailleurs, le 31 octobre, l’ONU a adopté une résolution présentant de nouvelles caractéristiques : l’extension du mandat de Minurso est limitée à six mois pour la deuxième fois consécutive, et l’Algérie et la Mauritanie ont été invitées à participer un cycle de contacts qui aura lieu les 5 et 6 décembre à Genève.

Le déclencheur de ce changement a été en partie la pression exercée par la diplomatie américaine. Abandonnant la pratique habituelle de Washington consistant à apporter un soutien inconditionnel à son allié marocain, le gouvernement Trump a changé d’attitude à l’égard de la question du Sahara qui a provoqué une certaine nervosité à Rabat. Dérivé de son intérêt à réduire les coûts liés à ce qu’il considère être un fonctionnement inefficace de l’ONU, Washington entend imposer des réductions du budget de ses missions. Bien que la Minurso ne soit pas la plus chère, elle est la plus longue. C’est pourquoi il est devenu la cible à la fois de l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Hailey, et du nouveau conseiller à la sécurité nationale, John Bolton. Le fait est que Bolton connaît très bien l’évolution des efforts de négociation menés dans le cadre du mandat du Minurso, puisqu’il était assistant de James Baker lorsqu’il avait servi d’envoyé spécial de 1997 à 2004. Une expérience frustrante, comme l’a déclaré publiquement Bolton, en critiquant la position de l’administration Bush, qui à l’époque a entravé la proposition du Plan Baker pour ne pas déstabiliser le régime marocain.

En résumé, en rompant l’inertie qui avait favorisé Rabat, l’administration Trump a amené Mohammed VI à tenter de prendre l’initiative avant un nouveau cycle de contacts diplomatiques autour du Sahara dans un contexte international présentant certaines nouveautés. Cependant, l’histoire des désaccords entre l’Algérie et le Maroc dure depuis des décennies et il est clair que pour que les deux tournent réellement la page, il faudra plus que des mots et des coupes budgétaires.

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