Dans un entretien accordé à Lakome, l’économiste marocain Najib Akesbi a soutenu que «le système politique actuel est devenu un obstacle majeur pour le développement économique du pays». Explications

Akesbi a précisé que les problèmes économiques du Maroc sont avant tout d’origine politique, en ce sens que le système actuel ne produit pas d’institutions capables de mener les réformes économiques nécessaires. L’expert a ajouté qu’il serait une grave erreur de penser que les problèmes économiques actuels puissent être réduits au conflit Benkirane/Chabat et qu’ils puissent être réglés par une tentative de rapprochement entre les deux parties.

Akesbi décrit le système politique marocain comme «une monarchie exécutive où le Palais détient tous les pouvoirs y compris le pouvoir économique». C’est selon lui, un système qui n’accepte pas de concurrent politique et encore moins le partage d’une partie de ses prérogatives. Najib Akesbi estime en outre que le régime marocain est «un système qui ne dispose pas de véritables institutions politiques. Par la force des choses, les élites et les partis sont inaptes à ériger un contre-pouvoir susceptible de constituer un semblant d’équilibre avec le pouvoir en place».

Le Palais et la Banque mondiale : des acteurs incontournables

Akesbi a par ailleurs fait remarquer que les principales orientations économiques sont définies par le Palais, et que la crise actuelle trouve ses racines dans les choix stratégiques opérés depuis la décennie 1960. «Les partis politiques apparaissent et disparaissent tandis que les véritables autorités inaltérables au Maroc sont le Palais et la Banque Mondiale », analyse-t-il. Akesbi affirme que cette institution financière constitue depuis 1964, le seul véritable partenaire de la monarchie dans la prise de décisions.

Néanmoins, Akesbi souligne que les élites et les partis politiques sont aussi responsables de cette situation car ils ont choisi «de se soumettre à ce jeu faussé qui consiste à se relayer sur la gestion des affaires en appliquant les décisions du Palais et celles de la Banque Mondiale, et en allant jusqu’à défendre farouchement  ces orientations».

Une situation insoutenable

Pour Akesbi, «la situation est devenue insoutenable et le système politique est devenu un réel obstacle au développement du pays (…) Avant d’entamer des réformes économiques, il faudrait procéder à des réformes politiques car il est vain de souhaiter une mise à niveau du pays sans réformer les mécanismes politiques de contrôle ». Il a ainsi estimé que le Maroc s’était installé dans une sorte d’engrenage qui tourne au détriment du citoyen marocain : «D’ailleurs nous avons déjà commencé à payer le prix fort pour les hydrocarbures et d’autres matières premières. L’administration publique ne sera plus en mesure d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi. S’ajoute à cela le recul inquiétant des volumes d’investissements et la création de mille emplois nets seulement pour l’année 2012  alors que la moyenne annuelle devrait se situer entre 250 000 et 300 000 postes».

Quand les acteurs ne sont que des marionnettes

Akesbi estie également que «si nous étions dans un véritable système politique, celui-ci aurait soutenu le gouvernement actuel pour mener les réforme». Mais le fait est, selon lui, que nous vivons une situation absurde. «Ceux qui sont au-devant de la scène ne sont pas de véritables acteurs politiques mais uniquement des marionnettes entre les mains de gens connus» a-t-il conclu.

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